Sur les traces de Romain Gary à Vilnius, en Lituanie

Statue de Romain Gary à Vilnius (Lituanie) © Clara DelcroixStatue de Romain Gary à Vilnius (Lituanie) © Clara Delcroix

Romain Gary, auteur et romancier français, est né à Vilnius, dans l’actuelle Lituanie. Mais quelles traces y a-t-il laissées ?

Tout d’abord, connaissez-vous Romain Gary ? Diplomate et romancier français, il est né sous le nom de Roman Kacew en 1914 à Vilnius, dans l’actuelle Lituanie. Mais à l’époque, Vilnius faisait partie de l’Empire Russe. Et lors de l’intégration de la Lituanie à la Pologne, Romain Gary est devenu polonais. Par la suite, il déménagera à Varsovie (Pologne) en 1926, puis à Nice (France) en 1928.

C'est de l'appartement n°4 au n°18 de l'actuelle rue J. Basanavičiaus que Romain Gary a passé son enfance à Vilnius © Clara Delcroix

C’est de l’appartement n°4 au n°18 de l’actuelle rue J. Basanavičiaus que Romain Gary a passé son enfance à Vilnius © Clara Delcroix

Sa mère était russe, de confession juive. Et elle n’avait qu’une obsession : que son fils devienne un grand homme. Petit exemple qu’on peut lire sur la quatrième de couverture de La promesse de l’aube.

« – Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !

Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :

– Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »

Fait notable : Gary a gagné deux fois le prix Goncourt, or normalement, c’est impossible. En 1956, son ouvrage Les Racines du ciel est primé. Et en 1975, c’est La Vie devant soi, signé sous son pseudonyme Émile Ajar qui le remporte. C’est donc le seul auteur a avoir reçu deux fois ce prix Goncourt.

La promesse de l’aube

La promesse de l'aube - Romain Gary © Clara Delcroix

La promesse de l’aube – Romain Gary © Clara Delcroix

Je dois reconnaitre qu’avant de venir en Lituanie, je ne connaissais pas vraiment Romain Gary. Peut-être avais-je déjà entendu son nom, mais c’est bien tout. Puis, j’ai cherché des ouvrages à lire en rapport avec la Lituanie, avec Vilnius, sa capitale où j’habite. Et c’est alors que j’ai trouvé La promesse de l’aube, un roman d’inspiration autobiographique que Gary a rédigé en 1960.

Il y décrit son enfance à Vilnius, puis son déménagement en Pologne et en France, et enfin son engagement militaire auprès de l’aviation militaire. Mais surtout et avant tout, c’est l’amour que sa mère avait envers lui qui y est dépeint, de manière drôle et émouvante.

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Et si vous n’êtes pas très lecture, le livre a été adapté au cinéma en 2017 par Éric Barbier.

Comme expliqué précédemment, le début de l’intrigue se déroule à Vilnius, et certains éléments sont encore bien visibles de nos jours (comme les immeubles organisés autour de cours).

Un passage m’a très vite semblé intéressant :

« Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au no 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… »

Je n’ai pas été la seule intriguée par ce passage : François-Henri Désérable a essayé de retrouver les traces de ce voisin de Romain Gary dans son roman Un certain M. Piekielny, paru en 2017.

Mais pour ma part, ce qui m’a intéressée, ce n’est pas M. Piekielny, non. Mais bien la rue Grande-Pohulanka.

Entrée dans la cour de l'immeuble où vécut Romain Gary à Vilnius © Clara Delcroix

Entrée dans la cour de l’immeuble où vécut Romain Gary à Vilnius, l’actuel 18 rue J. Basanavičiaus  © Clara Delcroix

Romain Gary à Vilnius

La rue Grande-Pohulanka, à Wilno, ou plutôt devrais-je dire Vilnius. La ville où je vis actuellement. Où est-ce donc ? Après une rapide recherche, je me rends vite compte que ce nom de rue n’existe plus dans l’actuelle Vilnius.

Toutefois, la maison natale de Romain Gary, elle, est toujours présente. Elle se situe au 18 rue Jono Basanavičiaus (ou, si on l’écrivait en lituanien : Jono Basanavičiaus gatvė 18). Parenthèse pour ceux qui connaîtraient la ville : ça se situe dans le prolongement de la rue Trakų, peu avant l’église orthodoxe de Vilnius.

Une plaque (en français et en lituanien) indique l'emplacement de l'immeuble où Romain Gary vécut avec sa mère de 1917 à 1923 © Clara Delcroix

Une plaque (en français et en lituanien) indique l’emplacement de l’immeuble où Romain Gary vécut avec sa mère de 1917 à 1923 © Clara Delcroix

À deux pas, à l’angle des rues Mindaugo et Jono Basanavičiaus, encore une trace de Romain Gary : un jeune enfant tenant une galoche entre ses mains (photo en couverture de cet article). Hum… Quel lien ?

Certains y reconnaitront un passage de La promesse de l’aube :

« C’est ainsi que mon martyre commença. Au cours des jours qui suivirent, je mangeai pour Valentine plusieurs poignées de vers de terre, un grand nombre de papillons, un kilo de cerises avec les noyaux, une souris, et, pour finir, je peux dire qu’à neuf ans, c’est-à-dire bien plus jeune que Casanova, je pris place parmi les plus grands amants de tous les temps, en accomplissant une prouesse amoureuse que personne, à ma connaissance, n’est jamais venu égaler. Je mangeai pour ma bien-aimée un soulier en caoutchouc. »

Et pour terminer ce petit tour du quartier, un restaurant a été ouvert en hommage à l’écrivain : Gary Best Food.

Romain Gary en Lituanie

Bien qu’étant né en Lituanie, Romain Gary est nettement plus populaire en France qu’il ne l’est dans ce pays balte.

Toutefois, lors du centenaire de la naissance de l’écrivain, des archives ont été rouvertes : passeport et autre certificat de résidence prouvent que Gary est bel et bien né à Vilnius. On peut retrouver tous ces documents scannés sur le site des archives nationales lituaniennes. Mais ce site étant en lituanien, ce n’est pas forcément facile pour tout le monde.

Dons si vous avez 3 minutes, ce reportage de France Inter résume bien l’ensemble :

Et voici le web-documentaire de Loïc Salfati évoqué dans le reportage ci-dessus. Idéal pour en découvrir davantage sur Romain Gary, tant sur son enfance à Vilnius que ses œuvres futures.

Et vous, connaissiez-vous Romain Gary ? L’avez-vous déjà lu ?

© Clara Delcroix

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