En Lituanie, histoire d’une république pas comme les autres

Le panneau d'entrée dans Uzupis © Clara Delcroix

S’étendant sur 0,6 km2, Uzupis est l’un des plus vieux quartiers de Vilnius. Actuellement, c’est surtout l’un des plus chers et prestigieux de la capitale lituanienne. Ce ne fut pas toujours le cas. La gentrification y est allée de son œuvre. Retour sur l’histoire peu commune d’un quartier de bohème devenu république des artistes.

Quartier des moulins, banlieue pauvre, à proximité des maisons closes… À l’époque, Uzupis était loin d’acquérir sa renommée. Vint le régime soviétique. Le quartier est délabré, abandonné. On n’ose même plus y mettre les pieds. Sa réputation ? Le quartier le plus dangereux de la capitale. Et cette étiquette lui colle à la peau jusque dans les années 2000.

Toutefois, l’Académie des arts de Vilnius à est à deux pas d’Uzupis. Et dans les années 90, les étudiants squattent le quartier. Ils commencent à s’installer illégalement dans les maisons vides, établissant leurs ateliers dans les caves et les greniers.

Un livre photo repose sur un piano © Clara Delcroix

Uzupis est un quartier de bohème, peuplé de nombreux artistes © Clara Delcroix

En 1991, c’est la chute de l’URSS. Les statues des dirigeants soviétiques sont détruites. Seuls résident les piédestaux, vides. Dans la rue K. Kalinausko de Vilnius, un buste de Lénine est démoli. À la place, on y érige celui de Frank Zappa, star du rock américaine. Ne vous y méprenez pas, Frank Zappa n’a aucun lien avec la Lituanie : il ne l’a même jamais visitée ! C’est avant tout un symbole de liberté – et une prémisse de l’indépendance d’Uzupis.

2 ans plus tard, le 1er avril 1997, Romas Lileikis et Tomas Čepaitis ont l’idée de faire d’Uzupis une république : l’indépendance est proclamée. R. Lileikis devient président à vie et T. Čepaitis ministre des Affaires étrangères (tous deux auto-proclamés). Le siège du gouvernement – qui est aussi le Parlement – est situé dans l’Užupio kavinė, un café. Mais c’est plus un canular qu’autre chose (on est le 1er avril pour rappel).

Une galerie d'art dans le quartier d'Uzupis © Clara Delcroix

À Uzupis, les œuvres sont présentes dans la rue, mais aussi dans les nombreuses galeries © Clara Delcroix

Et la République d’Uzupis s’installa

Sauf que… plus de 20 ans après, le canular dure et l’indépendance (bien que non reconnue officiellement) est célébrée tous les 1er avril.

Uzupis a son évêque, et une reine est élue chaque année. Seul critère de sélection pour cette dernière : être joliment assise sur son trône. N’importe qui peut devenir ambassadeur ou consul d’Uzupis, en laissant un message sur le site internet de la République par exemple. À une époque, Uzupis avait une dizaine de soldats, mais ils n’existent plus : le pays est pacifique, il serait donc étrange d’avoir une armée.

Et bien évidemment, la République d’Uzupis possède son hymne, son drapeau, sa devise (« Ne triomphe pas, ne te défends pas, ne te rends pas. »), sa monnaie (l’EuroUzh, 1 EuroUzh = le prix d’une bière dans le café-parlement = 2,20 €), et on peut y faire tamponner son passeport.

La constitution d'Uzupis existe aussi en français ! © Clara Delcroix

La constitution d’Uzupis existe aussi en français ! © Clara Delcroix

La constitution d’Uzupis a été écrite en 1998 (en 3 heures). Elle mérite qu’on y attache plus de temps. Ses 41 articles sont affichés sur les murs de la rue Paupio dans une trentaine de langues. Exemples d’articles :

  • 3. L’Homme a le droit de mourir, mais ce n’est pas un devoir
  • 12. Le chien a le droit d’être un chien
  • ou encore 37. L’Homme a le droit de n’avoir aucun droit.

Mais le plus simple, pour comprendre Uzupis, c’est bien d’y aller !

Tout a été réalisé dans le cadre d’un travail pour l’Académie ESJ Lille.

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