Covid-19 : la continuité pédagogique à l’université ? – suite

Article : Covid-19 : la continuité pédagogique à l’université ? – suite
25 juin 2020

Covid-19 : la continuité pédagogique à l’université ? – suite

Il y a quelques semaines, je vous parlais de la continuité pédagogique à l’université et notamment des moyens mis en place par les enseignants et professeurs pour l’assurer. Mes partiels (examens) de fin de troisième année de licence sont terminés. Je reviens dessus.

C’est un peu déroutant le coronavirus Covid-19, des cours en distanciel et des partiels (examens) en ligne, chacun chez soi, en France. Des examens comme je n’en ai jamais connu !

Je craignais les systèmes de surveillance numérique qui nous demandent de scanner notre environnement et qui scrutent les moindres mouvements de nos yeux pour éviter toute triche. Je me demandais aussi la légalité de ces derniers… Et si je n’accepte pas que mes données soient utilisées ?

Ces systèmes demandent l’accès à tout : vidéo, son, copier-coller… Qui sait si elles contiennent un virus ou un cheval de Troyes ? Qu’est-ce qui me prouve qu’ils n’en profitent pas pour explorer mon disque dur ? Etc. Je ne les trouve pas très rassurantes. Bon, c’est peut-être un peu parano de ma part, mais sait-on jamais… Je rejoins en cela la position de la quadrature du net.

Ouf de soulagement : jamais un enseignant de mon université ne nous a demandé d’utiliser un tel programme ! Pourtant, j’y avais vraiment cru lorsqu’un enseignant nous a annoncés avoir « mis en place un système « anti-triche » »…

De l’expérience lituanienne

Pendant mon Erasmus en Lituanie, j’ai eu l’occasion d’expérimenter les examens en ligne. C’était un peu différent puisque nous étions regroupés dans des salles informatiques. Avant de rentrer dans ces salles nous devions laisser nos affaires dans des casiers fermés à clef : dans la salle informatique, nous avions uniquement la clef de notre casier et un stylo / crayon de bois (mon côté nordiste qui ressort… « crayon à papier » pour les parisiens 😉).

Pour seule surveillance dans la salle : l’enseignant du cours. Je ne reviendrai pas sur certains points du système éducatif lituanienne qui se rapprochent plus de la Finlande que de la France. Ça explique certains comportements des enseignants (tiens, une bonne idée d’article 😉).

Quoiqu’il en soit, nous avions les examens sur l’ENT lituanien (espace numérique de travail) de l’université de Vilnius : emokymai. Il fallait connaître son identifiant de connexion (j’étais le 1242254) et son mot de passe.

Oui, sauf que les claviers étaient lituaniens… Non seulement un clavier qwerty, mais d’autres éléments bougent. Je ne vous raconte pas la galère pour taper un mot de passe puisqu’on ne voit pas ce qu’on écrit (cachés par des puces)… Ce sont les inconvénients de l’étranger. 😬

Mais d’un autre côté, les étudiants Erasmus avaient le droit d’ouvrir un traducteur pour traduire les questions. Et pour tous, si on oubliait notre calculatrice, il nous était possible d’utiliser la calculatrice intégrée à l’ordinateur.

Les enseignants nous distribuaient toujours une feuille de brouillon (ou plusieurs sur demande) pour pouvoir réfléchir par écrit en cas de besoin.

En effet avant l’examen, ils nous détaillaient bien le type d’épreuve : le nombre de questions, la durée de l’examen, le type de réponses attendues (vrai/faux, question à choix multiples, question à laquelle il faut taper un chiffre en réponse…) et ainsi de suite.

À la fin de l’examen, la note obtenue s’affichait. C’est assez logique puisque le système la calcule automatiquement.

Les examens en France en période de continuité pédagogique

Lorsque j’apprends que, pour cause de coronavirus Covid-19, mes examens sont en ligne (sur l’ENT, moodle), je suis sûrement un peu moins déroutée que certains de mes camarades : j’ai déjà connu en Lituanie. Certes je suis chez moi et non dans une salle informatique mais le principe reste le même dans le fond.

Ce qui me stresse le plus, c’est de savoir que je suis un peu moins bien préparée que d’habitude pour ces examens… 1 à 2 mois d’enseignement distanciel selon les cours, ça laisse des traces (surtout quand la continuité pédagogique n’est pas très bien assurée).

Les professeurs nous ont indiqué les principes de leur évaluation. Sauf qu’entre les attentes et la réalité, il y a parfois dissonance… jusqu’à un fossé qui se creuse.

D’autres nous ont laissé dans un flou artistique, en abordant de manière très évasive la forme d’évaluation. « Ne vous inquiétez pas, si vous avez révisé, ça ira ! » Euh, merci… ?

Sur les QCM (Questionnaires à Choix Multiples), j’ai été étonnée de voir que les 20 questions annoncées s’étaient miraculeusement transformées en 30-35 questions (pour le même temps de travail, évidemment). Abracadabra !

Une autre surprise qui n’en est pas vraiment une : certains questionnaires sont impossibles à terminer dans le temps imparti ! Oh surprise, mais on est en France, rappelons-le… C’est vrai qu’ici les étudiants ne peuvent pas avoir 20/20… Déjà 18/20 c’est vraiment exceptionnel. On ne va pas trop les gâter non plus. Oui, en Lituanie les étudiants visaient le 10 sur 10, en France ils visent le 10… sur 20 !

En France, la note obtenue ne s’affiche pas à la fin de l’examen. Nous devons attendre les résultats du semestre.

D’autres formes d’évaluation

Certains enseignants conservent la même forme d’examen qu’en présenciel. Sauf que ça perd son sens… Problème : ces examens, pour la plupart, ne sont pas conçus pour être réalisés avec les outils mis à notre disposition.

En effet, à distance, chacun chez sois, il est difficile d’empêcher l’utilisation d’Internet. Aussi, pourquoi ne pas plutôt apprendre aux étudiants à l’utiliser à bon escient ?

Pour certains cours, un côté « par cœur » peut être nécessaire, je le conçois. Mais parfois, il s’agit davantage d’appliquer le cours à un exemple pratique.

Et la triche lors des examens à distance ?

La triche, ça a existé, ça existe et ça continuera d’exister… (attention, je ne défends pas les tricheurs, c’est juste un constat). Certains types d’évaluation sont peut-être plus propices à la triche que d’autres. Les QCM sont plus « trichables » que des sujets rédigés, de réflexion.

Je sais que certains groupes se sont créés en ligne afin d’échanger les réponses aux questions des examens, mais c’est aussi et sûrement dans ces mêmes groupes que s’organisait l’entraide pour essayer de comprendre le cours et préparer l’examen…

Quelles solutions ?

À mon niveau, difficile de trouver des solutions… je ne suis pas enseignante. D’un point de vue d’étudiante, j’ai l’impression que pour enseigner à distance, les cours doivent être pensés de cette manière. On n’assure pas un cours à distance comme on assure un cours en présenciel. Cela s’applique aussi aux examens.

Il s’agirait donc peut-être d’amener de nouvelles formes d’enseignement et d’évaluation. Oui, ça requiert certainement un peu d’imagination et de créativité…

Certains fossés se sont aussi creusés entre ceux qui prenaient régulièrement leurs cours par écrit sur ordinateur et ceux qui utilisaient un cahier et un crayon. En effet, si l’on n’a pas l’habitude de réaliser un schéma ou d’écrire une formule mathématique avec l’ordinateur, une réelle perte de temps peut en découler.

Mais si l’on apprend à tout le monde à utiliser des outils qui permettent d’effectuer ces actions, on remet tout le monde sur le même pied d’égalité. Évidemment, ce n’est pas fait.

Certains enseignants tentent d’en tenir compte en « coupant » la partie d’examens nécessitant l’écriture de formules mathématiques et la réalisation de schémas. Dommage ! Cela est parfois plus simple.

Autre problème : l’hétérogénéité du matériel des étudiants. Il va de l’ordinateur au smartphone. Déjà que certains enseignants sont surpris que tout le monde ne possède pas la suite Microsoft (en Lituanie, les produits Microsoft étaient mis à disposition des étudiants) !

En plus, certains étudiants ne possèdent pas de matériel. Heureusement pour eux que la BU (Bibliothèque Universitaire) avait rouvert.

Les enseignants devraient se renseigner d’avantage sur l’équipement que possèdent leurs étudiants et adapter les examens en conséquence. Or ils sont peu nombreux à le faire.

Vous avez des idées pour améliorer l’enseignement à distance ? Quid de l’évaluation des compétences en ligne ?

Continuité pédagogique, les examens - image Pinterest © Clara Delcroix
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