Covid-19 : la continuité pédagogique à l’université ?

Article : Covid-19 : la continuité pédagogique à l’université ?
8 avril 2020

Covid-19 : la continuité pédagogique à l’université ?

Suite à l’épidémie de coronavirus (Covid-19), le confinement est de rigueur depuis plusieurs semaines en France. Étant étudiante à l’université (en 3e année de licence), mes cours se poursuivent… à distance. Vive la continuité pédagogique, les outils numériques, internet et l’ENT (espace numérique de travail) ! Ou pas…

Parfois j’entends des enseignants ou étudiants raconter comment se passe la continuité pédagogique, dans les médias et sur Internet. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les enseignants continuent leurs cours à l’aide de vidéo-conférences, les élèves peuvent poser leurs questions en direct… C’est top, et ce n’est pas ironique : je le pense vraiment.

Mais pour moi, ça ne se passe pas vraiment comme ça… Il y a quelques jours, un ami m’écrivait : «En plus la fac nous laisse un peu tout seul pour les cours là …» Malheureusement, oui.

L’idée du siècle : les cours au format pdf

Le pdf (portable document format), c’est pratique ! Au moins, tout le monde peut le lire facilement sur son ordinateur et les profs semblent l’avoir compris. En parallèle, le .doc ou .docx (pour Word) a toujours la côte, mais c’est facile à ouvrir, donc il n’y a pas trop de problème.

De temps à autre un .odt (OpenDocument, pour OpenOffice) ressurgit. Et ça se complexifie… Ou encore, cet enseignant qui nous fournit des documents en .csv ou .des parce que «oui, vous aussi lorsque vous chercherez des données sur internet elles ne seront pas toujours au bon format». Soit !

Bon, la dernière fois, c’est moi qui me suis plantée en envoyant un document en .pages (qui ne se lit donc que sur un Mac). L’enseignant n’avait pas de Mac. Mea culpa.

Depuis mes années collège et lycée, les enseignants ont réussi à intégrer que le pdf était passe-partout. Pour ça, je dis : bravo ! Le hic, c’est qu’aujourd’hui, il existe des moyens pour rendre un cours en ligne bien plus passionnant qu’un simple pdf… Autant lire un livre sur le sujet, ce sera plus complet et l’effet sera le même…

Donc quand un enseignant nous envoie « seulement » ses notes de cours (qui étaient déjà écrites auparavant hein), ça me pose un léger problème. En amphi, en général, il y a plus d’interaction, ce qui permet de mieux comprendre. L’enseignant va développer tel point. Un étudiant l’interrompt sur tel autre point. Et le cours se construit ainsi, au fur et à mesure, dans l’échange.

Numérique à l’université : oui, mais pas trop quand même…

Le numérique, c’est bien. Mais trop de numérique, ah non ! Faut pas pousser mémé dans les orties ! Par exemple, lorsqu’on étudie l’économie (comme moi), il y a souvent des schémas et des graphiques à effectuer. Ni une ni deux, les enseignants sortent leur botte secrète : le scanner.

Plaçons-nous du point de vue de l’étudiant. Le pdf vient d’être mis en ligne. Cool, allons l’ouvrir ! Le cours est tout beau, bien écrit à l’ordinateur. L’étudiant le lit, les pages défilent. Et tout à coup, patatra ! Qu’est-ce que c’est ? Une magnifique page avec des graphiques, page bien évidemment réalisée à la main puis scannée.

L’enseignant nous fournit un graphique de traviole réalisé en deux temps trois mouvements à main levée. Mais par contre, dans nos copies, on nous emmer** avec l’usage de la règle pour la réalisation des graphiques et schéma ? Il est où le problème ?

Dans l’ensemble, ces schémas ne sont pas très complexes et peuvent être rapidement réalisés de manière très correcte et propre avec un ordinateur.

En plus, grande nouvelle : un pdf peut être lourd, voire très lourd. J’ai l’impression que, pensant bien faire, les enseignants scannent les images en très grands formats (ou en haute résolution alors que 72 dpi suffisent). Ça utilise un stockage très important. Aujourd’hui, il existe pourtant plein d’outils pour réduire la taille d’un pdf…

Problèmes de timing en e-éducation

Nous, étudiants, sommes habitué à lire nos cours sur l’ENT – les « bons » élèves en tout cas. Mais un jour, malheur.

Extrait d’un groupe entre étudiants :
« Je ne comprends pas, sur l’ENT, X prof a mis le programme du cours mais pas le cours ?
– Si, si, le cours était là la semaine dernière, mais il est terminé donc pas de nouveau cours normalement. »

Vérification faite sur l’ENT : la plupart des anciens documents de cours ont été supprimés. Entre temps un nouveau message sur le groupe : «Mais du coup on n’a plus accès au cours de X ? Parce que moi j’avais lu mais pas téléchargé la fin du cours quoi…»

Alors ça, c’est bien pensé : supprimer le sacro-saint cours de l’ENT quelques jours après sa mise en ligne ! Simple erreur de manipulation ? Non, non, les corrigés des TD (travaux pratiques) ont aussi été retiré quelques jours plus tard par le même enseignant.

Sûrement que le cours risquait de trop « tourner » entre les étudiants les prochaines années (les étudiants viendraient-ils encore à ce cours l’an prochain ?). Et puis peut-être se retrouverait-il sur Internet. Il est vrai que certains enseignants pensent même avoir un droit d’auteur sur la prise de notes de leurs cours par les étudiants.

Mise au point. Le cours de l’année précédente, comment dire… de base nous l’avons ? Nous l’avons tous récupéré auprès d’étudiants de l’année précédente. De plus, étant donné que les cours sont accessibles sur l’ENT, pourquoi les sauvegarder sur notre ordinateur ? Bon Dieu ! En plus, comme ils peuvent être lourds, tout le monde n’a pas des millions de gigaoctets de stockage…

Bon, de mon côté, j’avais anticipé la possibilité qu’un enseignant nous « fasse le coup », et j’avais tout téléchargé. Ah là là…

Enfin un enseignant cool, yes !

L’un de mes enseignants nous enregistre un podcast pour son cours. Et sans être de haut vol, c’est plutôt pas mal. J’ai l’impression que c’est l’enseignant qui se donne le plus pour nous.

On voit qu’il s’est cassé la tête sur la manière de poursuivre son cours. Et pour moi, son petit podcast est devenu un véritable rendez-vous hebdomadaire : autant saluer le travail fourni !

Comment se déroule le podcast ? L’enseignant énonce le cours à son téléphone, comme il le ferait pour un cours en présentiel. Il prend le temps de reformuler, d’expliquer. Les grains de formation ont une durée maximale de 20 minutes et sont diffusés en ligne sur SoundCloud.

Il nous conseille de prendre de prendre des notes pendant l’audition. Presque comme un vrai cours en somme. Mais au moins, j’écoute ce qu’il raconte, je prends des notes et je retiens. Pour ce qui est des questions, un forum est ouvert sur l’ENT.

Un autre enseignant, nous le savons depuis le début du semestre, possède un site internet où son cours est disponible. Au début du semestre, il avait précisé : «mais le cours est beaucoup plus dense sur le site, nous ne voyons pas tout ici, il n’est pas nécessaire de tout savoir». Devinez quel enseignant, au début du confinement, nous a annoncé «le cours est sur mon site internet» (sous-entendu : débrouillez-vous ! et apprenez plus qu’il ne faut – 200 pages à ingurgiter) ?

Travaux à rendre en continuité pédagogique

Être confiné ne rime pas avec se la couler douce pour les étudiants (enfin, ça dépend pour qui 😉). Nous avons régulièrement des travaux à rendre par e-mail à nos enseignants. Au début, je me suis dit : «Chouette, on va avoir un suivi personnalisé, ça permettra de bien progresser !» J’ai vite déchanté.

Oui, on fait le travail. Mais les enseignants nous remettent un corrigé global, le même pour tout le monde. Juste le corrigé de l’exercice, sans vraiment nous expliquer où ça coince pour nous.

À l’opposé, d’autres font un effort et nous renvoient des corrigés bien détaillés. Peut-être même un peu trop. C’est super gentil, et je me sens mal vis-à-vis du travail qu’ils ont fourni, mais lire 20 pages A4 de corrigé, personnellement je n’ai pas la foi… et je ne pense pas être la seule.

En comparaison, un cours entier d’un semestre, lorsque je le tape à l’ordinateur, comporte entre 40 et 60 pages.

Entre les deux extrêmes il y a un juste milieu à trouver.

Autre exemple bizarre : les exercices envoyés en même temps que le corrigé. Nous devons simplement remplir une fiche de suivi pour indiquer les exercices effectués. Pas beaucoup d’explications, tout se joue sur l’auto-correction et la confiance dans le travail des étudiants. C’est tellement rare que des enseignants nous fassent confiance que ça en devient surprenant.

Pour certains cours, nous avions des présentations de prévues. Elles sont toutes annulées. Mais pourquoi ? On aurait pu les organiser différemment en vidéoconférence ou avec d’autres outils, non ?

En pour finir, les partiels qui avaient lieu pendant le confinement ont aussi été annulés. Bon, ça, je ne vais pas m’en plaindre. 😄 Mais au juste, si le confinement se poursuit encore quelques temps, on fera comment ?

Faut-il vraiment blâmer les enseignants ?

Les enseignants sont-ils responsables de cette situation ? Ont-ils été aiguillés d’une quelconque manière sur l’utilisation des outils numériques ? Ont-ils été formé à l’enseignement à distance ? Leur a-t-on expliqué un instant comment construire un cours en ligne ?

Je pense qu’un cours à distance ne se construit pas de la même manière qu’un cours en présentiel. C’est d’ailleurs ce qui est indiqué sur la plupart des sites d’entreprises spécialisées dans le e-learning.

En théorie, pour la continuité pédagogique tous les enseignants devraient modifier leurs cours et exercices… 

Envoyer les notes de cours déjà écrites et se reposer sur ses lauriers, ça ne fonctionnerait pas dans ce cas… Et du coup ça leur prendrait un temps fou ! Mais, si on jette un coup d’œil sur le passé, depuis plus de 10 ans, les spécialistes de l’éducation orientés nouvelles technologies assurent qu’il faut préparer des cours utilisables à la fois en présentiel et à distance (y compris en blended learning) ! Qu’on fait les enseignants depuis tout ce temps ?

En attendant, ce sont les étudiants qui paient les pots cassés. J’ai passé près de 5 h sur un TD d’1h30. Non pas que je sois mauvaise dans la matière, lente ou quoi que ce soit d’autre… Nombreux sont ceux à avoir eu le même problème. On nous laisse avancer à l’aveuglette.

La mise en place de cours à distance n’aurait pas dû être pensée seulement au début du confinement (pour rappel, ça fait plus de 10 ans qu’on parle de continuité pédagogique).

Continuité pédagogique à l’étranger

C’est un problème plus global. Quand j’y réfléchis, je me dis que l’année dernière, lors de mon année Erasmus en Lituanie, chaque semestre j’avais des examens sous forme de QCM (questionnaire à choix multiples) sur l’ENT… Ah oui, mais en France, il faut encore et toujours disserter…

Je vois qu’à l’étranger, et même dans d’autres université françaises, pendant cette période de continuité pédagogique, les enseignants utilisent Zoom, Microsoft Teams ou autres. Mais dans ma faculté, rien. Je dois être dans une faculté exceptionnelle ! 😜

Ce ne sont que des pistes de réflexion : je ne sais pas qui a raison ou a tort. Peut-être me dira-t-on que les étudiants en attendent trop…

Mais que vous soyez étudiants ou enseignants, que vous ayez des idées pour améliorer l’enseignement en période de confinement ou souhaitiez simplement partager votre ressenti, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! 😊

CC Unsplash Christin Hume https://unsplash.com/photos/mfB1B1s4sMc
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