À la découverte des marais en Lettonie, à proximité de Riga

Riga est la capitale de la Lettonie, et la plus grande des trois capitales baltes. On peut faire ses emplettes au marché central ou déambuler dans ses rues pour y admirer l’architecture art nouveau… Mais non loin de là, pour ceux qui souhaitent se mettre au vert, on trouve aussi des marécages !

Tourbière, marais, marécage… Quelle(s) différence(s) ?

Une mare dans le marais de Kemeri en Lettonier © Clara Delcroix
Une mare dans le marais de Kemeri en Lettonier © Clara Delcroix

La différence entre tourbière, marécage et marais, ça vous parle ? On imagine un paysage où la terre est imbibée d’eau et la végétation – ou plus précisément, la biodiversité – est particulière. L’image des sables mouvants vient elle aussi à l’esprit assez facilement.

Pour le marais, certains penseront à Shrek. Les parisiens, eux, penseront au quartier du marais. Au fait, pourquoi s’appelle-t-il ainsi ?

Mais alors, quelle est la différence entre une tourbière, un marais et un marécage ? Moi-même je ne le savais pas… J’ai donc cherché dans le Larousse, et voici les différentes significations :

  • marais : région recouverte par des eaux peu profondes, en partie envahie par la végétation
  • marécage : étendue de terrain couverte de marais
  • tourbière : sorte de marais au fond duquel se forme la tourbe et où on l’extrait

Et, au passage, toujours d’après le Larousse, la tourbe se définit comme un sol hydromorphe à nappe phréatique permanente, à accumulation de matière organique incomplètement décomposée, provenant des débris végétaux et racines des plantes hygrophiles.

La tourbière du marais de Cenas © Clara Delcroix
La tourbière du marais de Cenas © Clara Delcroix

La tourbe est utilisée à 70 % dans l’industrie de l’énergie, le restant principalement en horticulture, mais aussi dans les cosmétiques ou en médecine par exemple.

Les paysages marécageux se trouvent dans plus de 175 pays à travers le monde, couvrant environ 4 millions de km2, soit 3 % de la surface terrestre. Ils sont souvent difficile d’accès : sables mouvants (parfois dits lises) et risque de se perdre.

Le territoire letton est couvert à hauteur de 10,7 % de ce type de paysages ! Les marais ont commencé à s’y former il y a environ 10 000 ans. À cette époque, le climat est devenu plus doux (période post-glaciaire) et humide dans cette région, et le sapropèle (type de vase) a commencé à se déposer dans le fond des lacs.

À cause du phénomène de sables mouvants, suite à la Seconde Guerre mondiale, des tanks sont enfouis dans les marais lettons. En outre, on n’y trouve pas moins de 1,5 milliards de tonnes de tourbe.

Un oiseau dans le marais de Cena en Lettonie © Clara Delcroix
Un oiseau dans le marais de Cena en Lettonie © Clara Delcroix

Biodiversité dans les marécages en Lettonie

Comme je le disais précédemment, la biodiversité est spéciale dans les marais. En Lettonie, au niveau des plantes, on rencontre divers types de mousses (notamment des sphaignes), et même des plantes carnivores: les droséras. Mais ce n’est pas tout 😉

Un reportage de Nat Geo Wild sur les droséras

Les arbres les plus courants des marécages lettons sont les pins sylvestres, mais on trouve aussi de nombreux arbustes à baies comme la canneberge, l’airelle des marais, la mûre blanche ou la camarine noire.

De nombreuses autres plantes colonisent ces marais : la bruyère est sûrement la plus célèbre, mais les plus botanistes d’entre-nous repèreront l’andromède, le rhynchospore blanc, la linaigrette engainée, le lédon des marais, la laîche en ampoules, la laîche des bourbiers, la cassandre caliculé… Tout dépend de la saison 😉

Les aficionados d’ornithologie ne seront pas en reste. Les marécages lettons regorgent d’oiseaux. Au programme : oie des moissons, oie rieuse, grue cendrée, pie-grièche grise, goéland cendré, courlis cendré, courlis corlieu, Chevalier sylvain, pluvier doré ou encore tétras !

Randonner dans les marais, c’est possible en Lettonie !

Le lac Skaista dans le marais de Cena en Lettonie © Clara Delcroix
Le lac Skaista dans le marais de Cena en Lettonie © Clara Delcroix

En Lettonie, il est possible de visiter certains marais. Ils sont aménagés avec des passerelles en bois : difficile de s’y perdre, puisqu’il suffit de suivre la passerelle, et (a priori) aucun risque de se retrouver enfoui dans la vase si l’on reste sur la passerelle !

J’en ai exploré deux : le marais de Cena et sa tourbière (Cenas tīrelis), et le grand marais de Kemeri (Lielais Ķemeru tīrelis).

Même si ces deux marais sont aménagées et bien entretenus, des chaussures de randonnée étanches sont fortement recommandées pour les visiter. S’il pleut, les passerelles en bois sont (très) glissantes et la neige n’en est pas retirée en hiver. Prévoir aussi de s’habiller en fonction de la météo (pluie, neige, vent…).

À noter que les réseaux de données cellulaires (3G, 4G, etc.) ne fonctionnent pas forcément très bien dans la campagne lettone… Mieux vaut donc tout prévoir en avance.

Sentier du marais de Ķemeri (Lielā Ķemeru tīreļa taka)

La tour d'observation du marais de Kemeri en Lettonie © Clara Delcroix
La tour d’observation du marais de Kemeri en Lettonie © Clara Delcroix

Le marais de Ķemeri couvre 6192 ha : c’est l’un des plus grands de Lettonie. C’est en réalité une tourbière ombrotrophe ou tourbière haute. Derrière ce mot barbare se cache un concept plutôt simple : la tourbière est uniquement alimentée par l’eau des précipitations (pluie ou neige), et non pas par des ruissellements d’eau. Dans ce second cas, on parlerait de tourbière minérotrophe.

Dans les tourbières ombrotrophes, on trouve de nombreuses mares, des petites îles et péninsules, l’ensemble formant une sorte de labyrinthe. En hiver, elles gèlent, donnant un tout autre aspect au marécage.

Le marécage de Kemeri au petit matin

Sur le parking à proximité de l’entrée du marais, une petite cabane abrite le centre d’informations et la boutique de souvenirs. On peut y trouver une carte avec des informations (en letton, anglais, russe ou allemand).

Dans le marais de Ķemeri, il y a deux boucles différentes : l’une de 1,5 km et l’autre de 3,7 km, avec des durées annoncées respectives d’1 h et d’1 h 30. Le début des boucles est le même : en forêt, dans un environnement un peu valloné, avant de se séparer une fois dans le marécage.

Des panneaux d’information ponctuent les sentiers et permettent de découvrir la formation d’un marais et sa biodiversité. Ils sont trilingues : letton, anglais et russe. La grande boucle donne aussi accès à une tour d’observation pour observer le marécage d’en haut.

Dans le marais de Kemeri en Lettonie © Clara Delcroix
Dans le marais de Kemeri en Lettonie © Clara Delcroix

Petit bémol : Ķemeri est une attraction touristique relativement célèbre en Lettonie, attirant environ 40 000 visiteurs par an. Aussi, on peut rencontrer quelques « embouteillages » sur le sentier : difficile de doubler lorsque la passerelle en bois est étroite…

J’y suis allée un samedi après-midi où il faisait relativement beau, et je déconseille… Il y avait vraiment beaucoup de monde. Si on souhaite être au calme, mieux vaut peut-être y aller en semaine ou le matin.

Comment accéder au marais de Kemeri ?

En voiture

Pour se rendre au marais de Kemeri, le plus simple est de posséder (ou de louer) une voiture. Quitter Riga par l’A10 (en direction de Ventspils). Suivre la route pendant une quarantaine de kilomètres et tourner à gauche au panneau « Lielā Ķemeru tīreļa laipa ». Longer le cimetière de Ķemeri et poursuivre jusqu’au parking (environ 2 km). De là, il reste environ 800 m à parcourir pour atteindre le début du sentier.

Traverser des forêts de pins avant d'arriver aux marais… © Clara Delcroix
Traverser des forêts de pins avant d’arriver aux marais… © Clara Delcroix
En train

Sans voiture, il faudra marcher un peu plus 🙂 Un peu moins de 4 km séparent la gare du début du sentier (soit 8 km aller-retour). Et attention, les trains peuvent avoir du retard en Lettonie, et même beaucoup de retard (je parle d’expérience) ! Le ticket (aller simple) coûte 2,10 €.

Partir de la gare de Riga jusqu’à l’arrêt « Ķemeri » (demander directement au guichet de la gare). Traverser les voies (suivre les panneaux). Marcher tout droit jusqu’à croiser l’A10. Il y a un raccourci sur la droite environ 300 m après avoir traversé les voies, avec un panneau indiquant le sentier. Traverser précautionneusement l’A10. Continuer sur 2 km jusqu’à rejoindre le parking, comme en voiture, en longeant le cimetière.

Je suis allée au sentier de Kemeri peu de temps après la Toussaint et le passage devant le cimetière était spécial : des fleurs et des bougies étaient posées sur toutes les tombes et on pouvait encore sentir les effluves d’encens !

Sur les quais de la gare de Riga © Clara Delcroix
Sur les quais de la gare de Riga © Clara Delcroix
En bus

Il existe aussi une possibilité pour accéder au sentier en bus avec les bus Riga-Ventspils ou Riga-Kuldiga en descendant à l’arrêt « Ķemeru pagrieziens ». Ne pas hésiter à demander confirmation au chauffeur que le bus s’arrête bien à cet arrêt.

L’aller simple coûte 2,45 €. Les tickets de bus peuvent (en général) être achetés directement au conducteur, mais ces derniers ne parlent pas toujours anglais. En outre, mieux vaut prévoir du liquide pour payer son trajet.

À la sortie du bus, il faut continuer tout droit à pied sur 300 m, jusqu’au panneau indiquant le sentier. De là, comme pour le trajet avec le train, on longe la route sur 2 km le long du cimetière avant de rejoindre le parking.

Pour vérifier les horaires et le prix du train ou du bus, rendez-vous sur 1188.lv, sélectionner « EN » en haut à gauche (pour mettre le site en anglais), puis l’onglet Transport. Indiquez alors « Riga » et « Kemeri » dans les champs.

Sentier du marais de Cena (Cenas tīreļa purva laipa)

Un banc le long du sentier dans le marais de Cena en Lettonie © Clara Delcroix
Un banc le long du sentier dans le marais de Cena en Lettonie © Clara Delcroix

Le marais de Cena couvre une surface de 2133 ha. Il s’agit d’une tourbière dont la protection a commencé en 1930, mais la tourbe y est encore exploitée de nos jours. Dans ce marécage, on trouve plus de 50 plantes et animaux protégés, notamment des grues et des oies.

J’ai effectué le sentier début novembre et il était réellement désert. J’ai uniquement croisé un groupe de personnes lorsque j’atteignais la fin de la boucle.

Des tables de pique-nique et des toilettes sont à disposition au départ du sentier. C’est un peu étrange car on a vraiment l’impression d’être au milieu de nulle part (aucune habitation à l’horizon).

Le sentier de 5 km commence par longer la tourbière. On atteint rapidement une tour d’observation qui donne une vue sur la tourbière exploitée.

Le sentier continue en forêt avant de poursuivre au cœur du marécage. À la sortie de la forêt le paysage est très étrange à l’automne : désertique, des arbres dénudés de toute feuille craquent dans le vent… Presque effrayant ! 😄

Puis on débouche sur le lac Skaista. Chemin faisant, on rejoint une tour d’observation qui permet d’avoir une vue sur l’ensemble du marécage avant de retourner au point de départ.

L’ensemble est très plat, mais il y a quelques points négatifs : certains tronçons sont vraiment droits (on a l’impression de ne pas avancer) et il faut passer deux fois sur une partie du tracé (à l’aller et au retour).

De nombreux bancs et panneaux d’information longent le sentier du marais de Cena. Ces derniers, en letton et en anglais, portent sur l’histoire des marais en Lettonie et l’extraction de tourbe, sur la formation des marais ou encore la végétation ou la faune

Les amateurs d’ornithologie s’en donneront à cœur joie dans ce marécage, on y rencontre de nombreux oiseaux.

Le marais de Cena d'en haut © Clara Delcroix
Le marais de Cena d’en haut © Clara Delcroix

Comment se rendre au marais de Cena ?

Le marais de Cena est plus difficile d’accès.

Le plus simple est d’être véhiculé. L’itinéraire est beaucoup moins direct que pour le marais de Kemeri, aussi mieux vaut être équipé d’un système de navigation quelconque (GPS, téléphone avec données cellulaires…). Les coordonnées du parking sont 56.8627, 23.7886.

En transports en commun, il faut prendre le bus Rīga-Kalnciems jusqu’à l’arrêt « Annas » (environ 40 min). Le ticket coûte 1,75 €. 7 km séparent cet arrêt du début du sentier. Je les ai parcourus en 1 h 30 de marche environ.

© Clara Delroix
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Auteur·e

cladelcroix

Commentaires

Fanchon
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Merci Clara pour l’escapade bienvenue, si la tourbe t'interesse, il existe de belles (dramatiques) histoires d’amants égarés conservés pendant des siècles dans ces marais d’Europe.